September 28, 2017

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AVONS-NOUS DU TALENT ?

September 28, 2017

 

Nous parlons peu de nous. Notre cv n’est pas la première chose que vous trouverez sur le site internet de l’école de danse First Act. Vous découvrirez tout d’abord notre vision de l’enseignement et l’expérience que nous avons à coeur de proposer à chaque jeune danseur passionné. La mission dans laquelle nous nous investissons, l’avenir de nos élèves, le cadre dans lequel ils évoluent, leur bien-être et l’éducation qu’ils reçoivent sont bien plus importants à nos yeux que les cours que nous avons pu prendre, les ballets que nous avons pu danser, nos réussites personnelles ou notre désir d’être dans la lumière. Désir qui a fait son temps et qui ne représente plus aujourd’hui une motivation suffisante. First Act, ce n’est pas Ann-Charlotte et Thibault Colomb. First Act, c’est une famille de danseurs passionnés, une expérience, une ouverture sur l’avenir.

 

Cependant, aujourd’hui, je vais vous parler de moi. Chaque jour en regardant des forums, des groupes de discussions, des commentaires de vidéos, en discutant avec d’autres danseurs/professeurs/élèves/chorégraphes, je réalise à quel point nous sommes tous dépendants du jugement des autres. Il suffit parfois d’une phrase, d’un avis plus ou moins bienveillant pour que le rêve d’une vie semble s’écrouler. “L’Enfer, c’est les autres”. Et comprenez par là : “L’Enfer c’est ce que nous faisons de l’opinion des autres”.

 

 

 

J’ai commencé la danse par hasard. J’étais de ces enfants qui passent tout leur temps à dessiner, écouter de la musique et jouer d’un instrument. Je n’avais absolument aucun amour pour les activités physiques et mes parents ont pensé, à juste titre, que faire de la danse classique me permettrait de me dépenser tout en satisfaisant ma passion pour la musique.

Ma découverte de la danse eut donc lieu dans le petit conservatoire de mon village, au rythme d’un cours par semaine. Je passais un agréable moment au son de bien jolies musiques. Je m’appliquais le reste de la semaine à répéter les exercices à la maison.

A la fin de l’année, lors du traditionnel “gala”, alors que j’étais sagement assise dans un petit coin pour observer les “grandes” évoluer sur scène en attendant patiemment mon tour, mon professeur m’a prise à part dans les coulisses. Cette discussion restera à jamais gravée dans ma mémoire. J’avais 9 ans et cette femme qui avait une magnifique allure de danseuse et pour qui j’avais beaucoup d’admiration et d’affection allait me dire qu’il valait mieux que j’arrête de prendre des cours de danse. Que je n’étais pas faite pour ça. Que mon manque “d’en-dehors” représentait un obstacle infranchissable. Qu’on ne faisait pas de danse classique quand on était “en-dedans”. Que contrairement à une de mes camarades, qui elle, avait un corps parfait et un bel avenir devant elle, je n’avais pour ma part aucune chance de progresser et que je perdais mon temps. Elle agrémenta son petit discours d’un “Tu sembles aimer la danse et il vaut mieux que tu saches tout de suite que tu n’iras nulle part. Je ne voudrais pas que tu sois déçue”.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. J’ai beaucoup pleuré. Je ne m’imaginais pas devenir danseuse professionnelle à l’époque, mais j’aimais mon cours de danse et l’idée de ne plus y être la bienvenue me brisait le coeur.

 

De quel droit scelle-t-on ainsi l’avenir d’un enfant de 9 ans? De quel droit sous estimons-nous ses capacités de développement? De quel droit décidons-nous que le travail ne sert à rien et que seul un hypothétique don purement “anatomique” a de l’importance ?

 

 

 

Je n’étais pas “en dehors”, c’est vrai. Ce professeur n’a pas été la dernière à m’en faire la remarque. J’ai dû faire face durant ma formation à plusieurs humiliations qui m’ont probablement laissé des marques indélébiles. Mais j’ai travaillé. Sans relâche. Tous les jours. Je n’ai pas laissé les autres décider de mes capacités. Et un jour, on a cessé de me parler d’”en-dehors”. Ce n’était plus un problème. Je n’étais plus cette petite fille “sans talent car anatomiquement imparfaite”. On m’a félicité un nombre incalculable de fois pour la précision de mon bas de jambe et la qualité de mon placement. En ai-je été flattée? Pas du tout. Je n’ai pas laissé ces compliments me définir tout comme je n’avais pas laissé les remarques négatives le faire. Je me suis contentée de prendre ce qu’il y avait à prendre, à savoir la meilleure leçon que l’on puisse recevoir : “continuer de travailler car les efforts payent toujours”. Et parmi mes camarades, je suis la seule à avoir fait carrière.

 

On m’a découvert lors de mon adolescence un handicap. Je n’ai plus été capable de courir, de marcher trop longtemps, de faire du ski, de faire du vélo. Je ne me suis pas servie de ce handicap comme excuse. Je ne me suis pas dit “C’est le moment. Si tu n’as pas la force de continuer de te battre pour progresser, si tu n’as plus envie de relever les défis, si tu n’as plus envie d’échouer, tu peux arrêter, tu en as le droit.” Non. J’ai gardé ce handicap pour moi, je l’ai pris comme un challenge supplémentaire et je ne l’ai pas laissé définir mon avenir.

Il y a environ 5 ans, à la fin d’une représentation, un professeur connu est venue me voir. Elle ne se souvenait visiblement pas du tout de moi et tenait à me féliciter pour ma prestation : “Quelle belle danseuse vous êtes. Vous êtes magnifique. Les gens talentueux sont rares”. Ce même professeur m’avait pourtant elle aussi jugée indigne de son enseignement au premier coup d’oeil lorsque j’avais 12 ans, faute de “talent”.

 

Si je vous parle de tout ça, c’est qu’il me semble important que les jeunes danseurs passionnés prennent conscience d’une chose, dans ce monde où nous nous devons de vivre avec le jugement des autres : Le talent n’est pas une prédisposition physique. C’est un état d’esprit. C’est travailler sans relâche, avoir le courage de relever les défis, être passionné au point de ne jamais abandonner, apprécier ses échecs et se relever, avoir envie d’apprendre encore et toujours... Et surtout : C’est accepter les critiques, en tirer un enseignement mais ne pas les laisser nous définir.

Nous sommes responsables de notre évolution. Je sais qu’il peut sembler confortable de s’imaginer faire partie d’un groupe d’élus. De le rappeler à la terre entière en parlant de soi à la troisième personne sur un site internet, de juger sévèrement des enfants qui n’ont pas les qualités anatomiques soit disant indispensables et de se dire qu’on était tout simplement “exceptionnels”. Il est également confortable d’encourager des élèves qui nous semblent physiquement adaptés et de rejeter ceux qui n’ont pas cette chance.
Mais ce n’est pas ce que j’appelle avoir du talent. Ce n’est pas ce que j’appelle être un bon enseignant. Et je trouve pour ma part tout cela très dévalorisant.
Le monde de la danse est rempli d’enfants “imparfaits” qui sont devenus à la sueur de leur front d’incroyables danseurs.
Suis-je en train de dire que le travail entraîne forcément la réussite? OUI.

 

N’en déplaise à certains, la réussite n’est pas dépendante du succès. Et le succès, tout comme le talent et le jugement, n’aura que l’importance que l’on voudra bien lui donner.

 

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